Au contact des fous

Alors nous vivions...

A visage découvert. Les volatiles piaffaient se prenaient pour des aigles, minuscules dans les mots pathétiques plumes arides, se planquaient à couvert de la peur des vents froids, dissimulant à peine leurs creux esprits étroits. À visage découvert nous observions rieurs, leurs envols dramatiques de faussaires aboyeurs, imbibés de mépris et de saines convictions, nous voltigions superbes et alors nous vivions.

Las d'embraser les mots. Lâcher prise profil droit, déconnecter les fils, ceux qui t'électrisent toi, qui connectent au convenu, qui s'accrochent hypocrites, bouffée d'adrénaline, volcans froids intérieurs, qui t'éclatent à la face, qui par les mots t'embrasent, qui te font rester muet, te font fermer ta gueule, te font baisser les yeux, méprisent haut ton ego, par dessus les bitumes, par delà le béton, seule réplique en écume "alors nous vivions".

Conjuguer l'évasion. De savourer les heures à s'inspirer des ombres, observer les minutes conjuguer l'évasion, assis là sous les ciels de passés proches enfouis, de futurs imparfaits de silhouettes au présent, pas parfaites dans les angles vies carrées arrondies, bord champ bordure hors cadre, qui dissimulent les maux, qui aspirent les mots, les font danser entre eux, comme un livre sans fin imprimé d'addictions et dont le titre serait... "alors nous vivions".

Juste comme ça sangs mêlés. Alors nous vivions, de bonheurs simples futiles, d'arc-en-ciel d'yeux superbes, d'hurlements de rires fous, de pupilles miroir miel, d'iris brunes parfum ciel, d'acoustique violons doux, de velours épidermes, de fusion s'en mêler, juste comme ça sangs mêlés.

Nos Everest invisibles. Nous avions traversé des murs de pierres fauves, cœurs crânes mains éraflés corps griffés face à l'aube, des parterres d'affrontements de duels intérieurs, brûlures à même la peau sans frissons sans douleurs; alors nous vivions de rages indélébiles et surmontions tête haute nos Everest invisibles.

La caresse du miroir. Apostropher le temps sans la peur du reflet, parenthèse froid dimanche quelques éclats de nous, s'adosser à la vie sentir ses pulsations, reconstituer les rires quelques larmes sans raison. La caresse du miroir des souvenirs pour parfum, de nos enfances automne rousse blancheur sur nos mains, la caresse du miroir notes blanches en partition, et pour seul refrain "alors nous vivions".

Photos & textes

Romain Esteban / @romestebanr

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